Dis-lui, fais-ça pour moi, dis-lui, tout ce que tu voudras, mais il faut qu'il te croie. Dis-lui, n 'importe quoi. Que seul l' amour de soi est une idylle qui ne finit jamais. Que seuls les infidèles connaissent les plaisirs de l' amour ; ceux qui sont fidèles n' en connaissent jamais que les tragédies. Douces tragédies, faites de chaire et de sang. Lentes et pernicieuses. Violentes et voluptueuses. Comme lors d' un crépuscule, symbole du déclin de l' âme, promesse de l' infini. Parle-lui du Temps. Qu' il affranchit les pêcheurs, qu' il condamne les innocents. Fais-lui voir que le maître de l' Univers lui même n' est qu' un fou, qu' un cerbère. Et qu' il fait bien. Que seul l' amour peut garder quelqu' un vivant,et non pas une banale pierre philosophale. Dis-lui de ne pas avoir peur, que celle-ci est le fléau de notre monde, qu' elle guide les esprits malsains, et sert les plus vils desseins. Dis-lui que la vulgarité, c' est ce que font les autres. Qu' il ne craigne rien. Je ne révelerai jamais sa plus grande faiblesse. Celle que j' apperçois, que je perçois au fond de ses yeux, chaque jour, chaque nuit. Dis-lui encore que seul lui a sû m' offrir des plaisirs simples, de ceux qui constituent le dernier refuge des êtres complexes,mais qu' il est bon de se souvenir de temps en temps que rien de ce qui est digne d'être connu ne peut s'enseigner. Que c' est pour ça que je n' ai pas sû l' aimer. Que ce fut un privilège, un trésor que de le rencontrer il y a de cela des années. Qu' il n' espère jamais plus. Dieu ? On peut demander à l'homme de croire à l'impossible, mais non à l'improbable. L' espoir, tout comme la lucidité, ne sont pas nos alliés. Un jour on rêve, l' autre on se réveille. Une nuit on songe en s' appuyant sur des pensées purement cartésiennes, et l' on prend conscience de la platitude de nos existences. Dis-lui qu' à force d' amour et de désir, nous ne ressemblons plus qu' à des bêtes. Au final, qu' à des hommes.